Max Barbancey – Souvenirs d’un Résistant

Max Barbancey est l’actuel co-président de l’ANACR dans les Alpes-Maritimes, voici sont témoignage sur l’attaque d’un train blindé allemand à Mussidan le 11 juin 1944

Né le 13 juillet 1928 à Paris et Périgourdin d’origine, je rejoignais Périgueux où j’étais employé à l’agence HAVAS où je fus contacté pour rejoindre la Résistance par Charles SERRE (du mouvement Combat, future Compagnon de la Libération). Notre groupe Poral ayant subi de sérieuses pertes, j’ai rejoint le groupe armé FTPF dans les environs de Musssidan : le groupe Roland.

« Notre groupe est dirigé par Roland, Kleber, Alfred et Arthur qui connaissent bien la région du nord de la Dordogne ; nous sommes 40 maquisards, des barrages sont montés dans la ville basse car, disposant d’informations sur le déplacement de la division DAS REICH, nous savions qu’elle monterait en train vers le front de Normandie, où le débarquement avait eu lieu quelques jours auparavant. En arrivant à la gare de Mussidan vers 10 heures, nous sommes alertés par les « légaux » de la gare (cheminots – résistants) qu’un train blindé allait s’arrêter en gare. Nos chefs décidèrent donc d’attaquer le train sur place.
Nous étions cachés derrière des haies de fusain de chaque côté du quai de la gare. L’attaque a commencé : Kleber s’exposant un peu trop est frappé d’une balle dans la tête, Claude, chef de détachement, tombe également, ce sont nos deux premiers tués FTPF au cours de cet engagement et nos meilleurs chefs. Cela nous a galvanisés, en particulier Jeannot qui s’est retrouvé à l’arrière du train, avec une musette de grenades, il est monté sur le toit des wagons et a fait exploser et réduit au silence une mitrailleuse lourde installée sur un wagon plat bordé de sacs de sable. ses grenades ont provoqué la panique dans les rands de l’armée allemande, faisant de nombreux morts tandis que d’autres soldats sortaient des wagons en jetant à terre leur fusil, en levant les bras comme pour se rendre mais, une fois à terre, ils reprenaient leurs armes pour continuer à tirer sur nous. Cette trahison nous a fait mûrir rapidement et notre envie d’en découdre, face à face, s’est retrouvée renforcée.

Je revois les visages brillants des copains, très jeunes pour la plupart en sueur, les traits tirés, les yeux brillants et mobiles. la mitraillette fumante à la main en pleine bagarre le long du train immobilisé, au milieu des rafales, des explosions de grenade, des sifflements et les miaulements des balles. L’un d’eux dit, je pense que c’est Jeannot : « Max ! On dirait Stalingrad ! En plus petit bien sûr !!! » Nous sommes partis d’un éclat de rire.

Après une lutte farouche, nous nous emparons du train… Le bilan côté Allemand est de 50 tués et 8 prisonniers. Les FTPF ont perdu 9 tués et 8 blessés plus un camion détruit. Les Allemands ont appelé en renfort une petite unité qui est accrochée par nos barrages, perdant une automitrailleuse, une chenillette, deux mitrailleuses lourdes, de nombreux fusils et une grande quantité de grenades à main ; ils sont stoppés et se replient.
Des renforts Allemands alertés par une poste émetteur arrivent par la route du train, c’est une unité détachée de la fameuse division blindée Das Reich qui remontait en renfort en Normandie avec des éléments de la « Phalanqe Africaine » de BONY-LAFONT stationnée à Périgueux avec comme lieutenant de la Waffen SS portant l’uniforme SS, un ancien international français de football : VILLEPLANE à laquelle on promettait le droit au pillage. Ces éléments ayant été recrutés par BONY et LAFONT dans les prisons ou parmi les gangster. l’ordre de décrocher arrive. Nous rejoignons nos camions à pieds. La ville est occupée par cette colonne allemande blindée renforcée par la « Phalange Africaine » qui tire dans les fenêtres et magasins de la ville. Trois cents personnes sont raflées et rassemblées devant la mairie. Vers 21 heures, ces malheureux sont conduits dans une rue voisine, le capitaine SS Humbrecht est là qui hurle : « fusillez-moi tout ça !!! ». Il y a 48 habitants fusillés auxquels vont s’ajouter 5 morts, habitants vaquants à leur travail dans les champs, le Maire et sont adjoint. Les cadavres sont traînés dans les rues par une voiture devant la population rassemblée, qui subit un pillage en règle. 53 victimes civiles directes. 69 ans après, je n’ai pas tranché. C’est un très lourd bilan, mais la Division Blindée Das Reich a mis 15 jours pour arriver en Normandie.

Max Barbancey

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