Pierre Durand alias « Georges » – Le passage à niveau à Nice

Pierre Durand, Commandant honoraire, responsable du PCF et FTP avait la charge du secteur niçois au moment de la Libération de Nice, le 28 août 1944

Extrait de son témoignage intégral « Nice Libérée » écrit en 1996

Il est difficile pour moi à 79 ans de se rappeler tous les détails d’une vie. Il est pourtant des faits que toutes les années passées ne peuvent effacer, malgré quelques défaillances de la mémoire. Le vécu de la lutte clandestine et la participation à la libération de sa ville natale sont des souvenirs exaltants et pour certains inoubliables. Avec le recul des années, je ne puis les dissocier des combats entrepris dans ma jeunesse contre les fascistes italiens, français ou nazis. Conscient d’un nationalisme exacerbé qui, dans ma mémoire, côtoie le fascisme.(…)

« Chargé de la sécurité opérationnelle de la région niçoise, je me trouve parmi les membres de l’Etat-Major du 27 août le seul disponible pour poursuivre les combats lancés du passage à niveau. C’est un secteur que je connais dans ses moindres recoins pour y avoir habité.(…) Près du passage à niveau, le groupe SANA opère dans le secteur qui s’étend du boulevard Auguste Raynaud à la place Gambetta, place de la Libération et place De Gaulle maintenant.(…) Ce point qui devint un haut lieu de la Résistance niçoise ne le doit pas au hasard. Il figure dans l’ordre de bataille préalablement établi.(…)
Mon emploi du temps de ce jour-là entre dans la mission fixée la veille. Je quitte mon domicile vers 5h30, mon but : le passage à niveau. Je traverse le boulevard Auguste Raynaud. J’entends des coups de feu peu après.(…) Je presse le pas pour arriver au passage à niveau où je trouve une vingtaine de combattants aux côtés de rudiments de barricade et qui occupent le nid creusé à ses abords. Ils sont armés d’un fusil-mitrailleur, de mitraillettes et de pistolets mais pas de mitrailleuse.(…) Après ma tournée je retourne au passage à niveau où pendant ce temps, un camion allemand a été stoppé après un bref combat meurtrier de part et d’autre. Une vingtaine de soldats allemands ont été faits prisonniers et les armes récupérées dont 2 mitrailleuses.(…) Après avoir fait le tour du secteur et vérifié que le centre du dispositif est protégé, je me rends entre 10h30 et 11h à un rendez-vous convenu avec mon courrier.(…) Nous nous trouvons à 11h dans le boulevard Raynaud, à 300 mètres du passage à niveau lorsque nous entendons des claquements sec des obus, que je pense être des mortiers assez proches. Nous nous réfugions dans le couloir d’un immeuble. j’apprendrai dès la fin du tir que le passage à niveau a été touché. Il y a des victimes, morts et blessés évacués dans une clinique située près de la rue Mantega. Le support du fusil mitrailleur est hors d’usage, il sera réparé aussitôt dans une atelier à proximité.(…)

Pierre Durand , 1996 (extrait de ses mémoires)

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